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OPHÉLIE – Femme de Marcel.

TÉRÉBENTINE – Jeune fille féministe.

MARCEL – Homme mûr à la vie monotone.

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(MARCEL et OPHÉLIE, assis dans des fauteuils, se contemplent. TÉRÉBENTINE est debout entre eux, plus loin sur la scène, dans l’ombre.)

OPHÉLIE – Alors c’est vrai.

MARCEL – Oui.

OPHÉLIE – Pourquoi ?

MARCEL – Parce qu’on me l’a dit. C’est ainsi.

(Une sonnerie grave retentit. OPHÉLIE se lève. Elle ouvre une porte imaginaire et découvre TÉRÉBENTINE. la lumière se déplace sur les jeunes femmes tandis que MARCEL est plongé dans l’ombre.)

TÉRÉBENTINE – Bonjour.

OPHÉLIE – Bonjour.

TÉRÉBENTINE – Je participe à l’évènement « Femmes: êtres humains » et j’aurais voulu vous en parler.

OPHÉLIE – Je ne connais pas.

TÉRÉBENTINE – C’est une organisation qui s’occupe à la fois d’associations féministes et de manifestations.

OPHÉLIE – Féministes ?

TÉRÉBENTINE – Oui.

OPHÉLIE – Les femmes qui brûlent leur lingerie et insultent leurs maris ?

TÉRÉBENTINE – Nous travaillons pour défaire ce genre de clichés.

OPHÉLIE – Fort bien.

(OPHÉLIE lui claque la porte au nez. La lumière retourne sur le couple alors qu’OPHÉLIE se rapproche des fauteuils.)

MARCEL – C’était qui ?

OPHÉLIE – Une folle.

(OPHÉLIE et MARCEL se rassoient et OPHÉLIE reprend machinalement sa posture précédente; yeux baissés, mains croisées.)

MARCEL – J’ai un peu soif. va me chercher un thé.

OPHÉLIE – Tout de suite.

(Rideau)

Jaune

C’est une couleur vive, enfin… Comme si quand on la voyait un sourire venu des yeux nous faisait voir la vie en rose. pardon, je t’embrouille.

Le jaune, c’est lumineux comme le Soleil. Ca brille et ça pétille. Comme des bulles de Fanta. c’est presque la même couleur.

C’est le mélange de rouge et du vert. Pas aussi chaud que le rouge mais pas froid comme le vert. entre les deux mais plus brillant que terne.

Le jaune c’est beau comme la vie. C’est le Soleil, le coeur des fleurs, les poussins, les frites et le sable.

C’est compliqué de décrire une couleur. On dit que le jaune est la couleur de la joie, tu vois ? Non, tu es aveugle. c’est pour ça que je décris.

Train

J’ai mal. J’ai mal et ça serre le coeur, ce même coeur que j’étouffe sans coeur. Ce même couleur dont je tais les battements à m’en briser le coeur. Ce même coeur qui m’épargne les compliments et les mains sur le coeur.

J’ai pas l’habitude d’aimer et je rejette souvent les autres. Peur d’être blessée. Déçue. trahie. Combien de relations j’ai gâchées ainsi ? Je ne sais pas. Je ne sais plus. J’ai arrêté de compter. « L’expérience prouve que celui qui n’a confiance en personne ne sera jamais déçu. »* Une citation qui a a longuement régi ma vie et mes émotions.

J’ai tellement joué le cynisme et une personne que je ne suis, à mon regret, pas, que me défaire de mon masque m’écorche la peau. Comme s’il était greffé à moi. Comme si j’étais devenue ce mensonge.

Je m’en veux de ne pas avoir appris à aimer. J’aime et je ne sais pas comment réagir. Je suis pathétique, pire encore seule.

A tant rejeter l’aide des autres ils ne me la proposent plus quand j’en ai besoin. 

Je souffre. Je me tais. Je pleure. Je vis. Je regarde le monde défiler sans moi.

J’ai loupé le train du bonheur. 

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*Léonard de Vinci

Arbre

L’arbre s’étend, revêt son ébène 

Etire ses branches jusqu’au matin

Où l’humain cueille, d’une main incertaine

Les fruits célestes de son destin

Algues

Je nage. Un petit ruisseau coule au pied de notre maison et la sécheresse de notre cour baignée de soleil m’a forcée à quitter mon nid. J’ai attrapé une serviette, enfilé mon maillot et dévalé la pente qui mène à la rivière. 

L’eau délicieusement fraiche me monte jusqu’au cou. Le courant est plus fort que d’habitude, me forçant à battre vigoureusement des pieds pour garder le niveau. Je m’approche du bord pour avoir pied. Bien campée sur mes jambes au milieu de l’eau tourbillonnante, je fais quelques pas et mon mollet s’enfonce dans un buisson d’algues molles. Je le gigote pour le débarrasser des plantes mais elles entourent ma jambe jusqu’à grimper le long de ma cuisse. J’étouffe un cri de surprise. ma précipitation me fait basculer en arrière alors que je tente de me libérer des lianes aquatiques. Le courant m’emporte en arrière et je respire un grand coup avant d’être plongée sous l’eau.

L’air circule dans ma gorge. Je reprends mon souffle et me réjouis de sentir le vent dans mes poumons. je me lève alors précipitamment. Ou suis-je ? La dernière chose dont je me souviens, c’est d’avoir heurté une pierre dans l’eau et le contact de l’algue et d’écailles sur mon corps. Je plisse les yeux sous la luminosité de la scène. Les rayons du soleil tapent sur un écran transparent, telle une bulle gigantesque. 

Une créature me dévisage. Ses yeux globuleux semblent emprisonner l’iris sous une couche gélatineuse. Son nez est constitué de deux narines, écartées sur chacune de ses joues écailleuses. Et sa bouche et cerclées de lèvres épaisses, sans variations dans leur forme ou régularité.

Je n’ai pas le temps de réagir que la chose s’approche de moi. Elle plante un doigt (relié aux autres par une membrane de peau élastique) sur mon torse et seulement là remarqué-je le reste de son corps que j’avais imaginé humanoïde. Ses épaules continuent sa mâchoire, sans cou pour délimiter la tête. Ses bras longs et filiformes semblent flotter, comme si dénués de muscles. Son torse de finit sur une vague de peau semblable à une nageoire. au niveau des hanches humaines s’ouvrent et se ferment rythmique lent des branchies d’où s’échappe en vain un courant d’air horrifié. 

Emerveillée par la créature, je ne remarque qu’a peine son doigt qui s’enfonce dans mon coeur ni sa bouche qui s’ouvre, dévoilant trois rangées de dents et toute la noirceur de l’océan.

Banquet

Un banquet est organisé. On nous sert des parties du corps humain; sept morceaux parmi lesquels une tête et un avant bras. Je ne distingue pas les invités. Soudain; une fille s’avance devant les tables en forme de U et clame que les morceaux de viande humaine sont les siens. Je proteste: c’est impossible. Ma voisine de gauche me montre comment faire des effets spéciaux avec de la nourriture. Le faux bras qu’elle a réalisé est sucré. Ma viande est filandreuse; pleine de sang et de nerfs. Je me force à l’avaler.

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